«La Concordia va changer quelque peu»

Portrait Stéphane Delley
Stéphane Delley a repris les rênes de la Concordia de Fribourg.

Featured image: Nathalie Gobet-Vial

Il est le nouveau visage de la Concordia de Fribourg depuis le début de l’année. Stéphane Delley évoque dans une interview ses objectifs et sa perception du monde de la musique à vent.

Stéphane Delley, pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

J’ai grandi à Delley, dans la Broye fribourgeoise. J’ai commencé la musique à la trompette. Puis j’ai suivi les cours de direction de la Société cantonale des musiques fribourgeoises, avant d’entrer dans la classe professionnelle de Jean-Claude Kolly, au Conservatoire de Fribourg. J’ai tout d’abord dirigé La Harpe de Domdidier, qui n’existe plus. J’ai fait un passage en terre vaudoise à la tête de L’Avenir de Payerne et de la formation B du Brass Band Fribourg ainsi que de l’Harmonie de Sion. Je dirige actuellement la société de musique de Treyvaux (FR).

Stéphane Delley à la baguette devant l’Harmonie de Sion Foto: Harmonie de Sion
Stéphane Delley a notamment dirigé l’Harmonie de Sion.

Quel que soit le pedigree, on ne se retrouve pas à la tête de la Concordia de Fribourg comme par enchantement…

Non, bien sûr. Suite à la mise au concours, j’ai postulé. Plusieurs candidats ont été conviés à un entretien avec une commission ad hoc, qui en a retenu trois, invités à une répétition d’essai. Le choix s’est fait par vote, à l’assemblée générale.

Vous avez joué dans les rangs de la Concordia, y avez été chef assistant et élève de Jean-Claude Kolly. Volonté de continuité ou la Concordia doit-elle s’attendre à un Stéphane Delley qu’elle ne connaît pas?

Excellente question [rire]! Il n’est pas exclu que mes liens avec la Concordia aient peut-être plaidé en ma faveur. Mais quoi qu’il en soit, je ne peux pas renier mon cursus. Jean-Claude Kolly a été mon professeur, mon mentor et, logiquement, il est resté une source d’inspiration. Mais cela fait quand même plus de douze ans que nous ne travaillons plus directement ensemble. J’ai roulé ma bosse et fait mes expériences. Donc oui, La Concordia va changer quelque peu.

En quoi, notamment?

La manière de travailler, l’approche musicale, le discours changeront. Mais la principale différence portera sur le son d’ensemble. Jean-Claude apprécie une pâte sonore très compacte, à laquelle je préfère des sons plus tranchés, où les timbres sont très clairement identifiables. Plutôt proche du style que développent les harmonies américaines.

Mais il vaudrait peut-être la peine de garder les conseils de Jean-Claude Kolly «sous la main»…

Il serait insensé de s’en passer.

Allez-vous réaménager votre temps de travail, vos différentes activités?

En fait, cette année, les planètes se sont alignées. Peu après ma nomination, le Conservatoire de Fribourg a créé un poste de doyen d’un décanat de culture musicale, que j’ai pu reprendre. J’aimerais mettre à profit cette filière pour promouvoir la composition. De nombreux jeunes talents méritent qu’on leur offre une plateforme digne de ce nom. J’ai quitté l’Harmonie de Sion ainsi que mon poste au collège et vais donc garder la Concordia, la société de musique de Treyvaux, les cours de direction au Conservatoire et cette nouvelle fonction.

Stéphane Delley à la baguette devant la société de musique de Treyvaux. Foto: Nathalie Gobet-Vial
Outre La Concordia, le chef fribourgeois dirigera toujours la société de musique de Treyvaux.

Revenons à la Concordia. Aurez-vous vous aussi un assistant de direction?

Oui. C’est un concept formateur que nous allons maintenir, qui a fait ses preuves jusqu’ici.

Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme? J’imagine que la première échéance sera le concert annuel, en février?

Non, la première échéance majeure sera la fête cantonale, en mai prochain. Avec un concert de printemps, en avril.

Un peu surprenant, pour une formation de catégorie Excellence, de renoncer à son concert annuel…

Je comprends bien. Mais les concerts d’adieu de Jean-Claude Kolly ont eu lieu début décembre. La Concordia donne effectivement son concert annuel début février. Avec la pause que tout le monde observe durant les fêtes de fin d’année, cela nous aurait laissé à peine un mois pour préparer ce concert, juste avant d’aborder les deux pièces de la Cantonale. Illusoire si l’on veut garantir une qualité musicale et un sain fonctionnement.

Peu de temps d’adaptation quoi qu’il en soit, avec, en plus de la Cantonale en 2025, la Fédérale en 2026. Source de motivation pure ou pression supplémentaire?

Je ne peux pas nier une forme de pression. La fête cantonale est une échéance majeure, et la Concordia veut l’emporter. Mais débuter avec un objectif de cette taille est stimulant au sens où il n’y aura pas de période de transition. Il faudra passer d’une ère à l’autre sans tergiverser, ni se poser mille et une questions inutiles.

Vous connaissez bien la Concordia. Quels sont ses points forts et ceux qui mériteront de s’y attarder quelque peu?

Sa force de travail et la qualité de ses instrumentistes, avec, en plus d’amateurs éclairés, des professionnels dans presque chaque registre, constituent ses principaux atouts. Mais nous devrons créer l’alchimie entre l’’orchestre et le chef. Nous allons par ailleurs devoir travailler l’aspect social en mettant sur pied divers événements tels que voyages ou concerts, afin de resserrer encore nos liens. Enfin, nous devons améliorer notre visibilité. Peut-être par le biais d’ensembles de chambre, qui joueraient à diverses occasions, mais toujours sous l’égide de la Concordia.

Et en général, quels sont, selon vous, les qualités d’une excellente harmonie?

Trois critères: son, souplesse et réactivité. Ces grands orchestres ont parfois du mal à répondre «au quart de tour». Les meilleurs sont capables de tout jouer.

Quelle importance le choix du répertoire revêt-il pour vous? Joue-t-il un rôle crucial pour séduire le profane et la relève, ou doit-il a contrario être élitiste lorsqu’on joue à ce niveau?

Réponse de Normand: il faut de tout [rire]. On ne peut bien sûr pas jouer que des symphonies. L’important à mes yeux reste la qualité de jeu et du répertoire. Avec un petit bémol quant à ce dernier. J’ai l’impression que les logiciels actuels dissuadent parfois les compositeurs à rechercher vraiment la quintessence de l’orchestration. Cela dit, rien ne nous empêche de choisir le répertoire d’une prestation en fonction du public ou des circonstances, car il existe de la musique de qualité dans tous les genres. Je suis par ailleurs sensible à l’unité d’un programme. Et je crois qu’il faut limiter la durée de nos concerts. Rien de pire que d’entendre des auditeurs dire que «c’était bien, mais trop long».

Vous êtes membre de la commission de musique de l’ASM. Quel regard portez-vous sur le mouvement de la musique à vent suisse?

Qualitativement, il affiche une forme magnifique. Dans toutes les catégories. Mais – le discours ne change pas – nous devons nous soucier de la relève. Peut-être la commission de musique devra-t-elle se pencher davantage sur le sujet et offrir à la jeunesse une plate-forme, une perspective. Eventuellement via aVENTura.

Portrait de Stéphae Delley
Membre de la commission de musique de l’ASM, Stéphane Delley affirme que le milieu de la musique à vent suisse affiche une forme magnifique.

Un dernier mot pour nos lectrices et lecteurs?

Restez fidèles à la musique et à vos instruments.

Si vous étiez…

…un célèbre chef d’orchestre…

Carlos Kleiber, source d’inspiration pour le «bon geste».

…une œuvre…

La prochaine création que j’aurai la chance de diriger.

… une époque de l’histoire de la musique…

Le XXe siècle.

Vers la partie consacrée à Jean-Claude Kolly

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